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Série — Conscience & Éveil · Post 134
Pourquoi certaines personnes n’arrivent-elles plus à faire semblant… alors qu’avant elles s’adaptaient à tout ?
Lorsque faire semblant devient épuisant, ce n’est pas toujours un recul : cela peut révéler une exigence nouvelle de cohérence entre ce que nous ressentons et la manière dont nous vivons.

Il arrive un moment assez étrange où certaines choses que nous faisions autrefois presque automatiquement deviennent soudainement difficiles.
Faire semblant d’être intéressé.
Faire semblant d’être d’accord.
Faire semblant que tout va bien.
Faire semblant d’apprécier une personne parce que « ça ne se fait pas » de montrer le contraire.
Faire semblant d’avoir envie d’être là.
Faire semblant de trouver normal ce qui, intérieurement, nous paraît complètement absurde.
Pendant des années, cela pouvait fonctionner.
On souriait.
On s’adaptait.
On arrondissait les angles.
On disait « oui, oui » avec la tête pendant qu’une petite voix intérieure organisait déjà une manifestation avec banderoles et service d’ordre.
Puis quelque chose change.
Ce qui était autrefois une simple adaptation commence à coûter énormément d’énergie.
Et nous nous demandons parfois ce qui nous arrive.
« Je suis devenu moins tolérant. »
« Je supporte moins les gens. »
« Avant, j’arrivais à prendre sur moi. »
« Pourquoi tout m’agace davantage ? »
Peut-être parce qu’avant, justement, nous prenions énormément sur nous.
Et qu’un jour, l’entrepôt affiche complet.
Nous parlons beaucoup d’authenticité comme d’une jolie qualité spirituelle. Être soi. Être vrai. Vivre en cohérence.
Présenté comme ça, c’est magnifique.
Dans la réalité, devenir plus authentique ressemble parfois surtout à découvrir qu’on ne sait plus sourire pendant trois heures à un dîner où l’on préférerait franchement être chez soi en pyjama à regarder pousser une plante verte.
Parce que l’authenticité n’est pas seulement ajouter quelque chose.
Elle retire progressivement notre capacité à maintenir certaines incohérences.
Nous commençons à ressentir beaucoup plus clairement la distance entre ce que nous vivons intérieurement et ce que nous montrons extérieurement.
Et cette distance fatigue.
Dire oui en ressentant non.
Rester en voulant partir.
Se taire en ayant quelque chose à dire.
Parler lorsque nous voudrions simplement être silencieux.
Continuer une relation parce qu’elle existe depuis longtemps.
Maintenir une habitude parce que « j’ai toujours fait comme ça ».
Chaque fois, une petite quantité d’énergie est utilisée pour maintenir deux réalités différentes.
Celle que nous ressentons.
Et celle que nous présentons.
À force, ça commence à faire beaucoup de personnel pour gérer la communication entre les deux services.
Alors parfois, le système simplifie.
Il commence à refuser.
Pas forcément avec de grandes déclarations.
Par une fatigue.
Une irritation.
Une envie de partir.
Un silence.
Un manque soudain d’enthousiasme.
Une incapacité presque physique à continuer certaines conversations.
Et nous interprétons cela comme un problème.
Mais si c’était aussi une information ?
Peut-être que nous ne devenons pas nécessairement plus difficiles.
Peut-être que nous devenons simplement moins capables de nous abandonner nous-mêmes pour maintenir une situation confortable pour les autres.
Évidemment, il faut mettre une nuance importante ici.
Être authentique ne signifie pas dire absolument tout ce qui nous traverse l’esprit.
Sinon, beaucoup de repas de famille ne dépasseraient probablement pas l’entrée.
La sincérité sans discernement peut devenir simplement de la brutalité avec une jolie étiquette.
Nous pouvons penser quelque chose sans devoir immédiatement le prononcer.
Nous pouvons respecter quelqu’un sans partager son opinion.
Nous pouvons faire un effort ponctuel par amour.
Nous pouvons accompagner quelqu’un dans quelque chose qui ne nous passionne absolument pas parce que cette personne compte pour nous.
L’authenticité n’est pas l’obligation de satisfaire chacune de nos impulsions.
Elle consiste plutôt à ne plus construire toute notre existence contre ce que nous savons profondément de nous-mêmes.
Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.
Parce qu’en devenant plus cohérents, nous pouvons perdre certaines relations.
Pas nécessairement parce que ces personnes étaient mauvaises.
Mais parce que certaines relations avaient été construites avec une version de nous qui disait beaucoup plus souvent oui.
Une version qui se taisait davantage.
Qui expliquait davantage.
Qui acceptait davantage.
Qui se rendait disponible davantage.
Qui avait peut-être appris que pour être aimé, il fallait être facile à aimer.
Lorsque cette version commence à disparaître, l’équilibre change.
Et certaines personnes peuvent nous dire :
« Tu as changé. »
Elles ont parfois parfaitement raison.
Nous avons changé.
La question intéressante est simplement : dans quelle direction ?
Sommes-nous devenus plus fermés ?
Ou avons-nous simplement commencé à poser des limites ?
Sommes-nous devenus égoïstes ?
Ou avons-nous cessé de considérer nos propres besoins comme systématiquement moins importants que ceux des autres ?
Sommes-nous devenus antisociaux ?
Ou avons-nous découvert que nous préférons trois relations profondes à cinquante relations entretenues par automatisme ?
Ce discernement est essentiel.
Parce qu’il existe aussi une fausse authenticité qui consiste à transformer chaque inconfort en preuve que quelque chose « n’est plus aligné ».
Quelqu’un nous contrarie ? Pas aligné.
Le travail demande un effort ? Pas aligné.
La vaisselle attend dans l’évier ? Probablement une rupture vibratoire majeure.
Non.
La vie comporte aussi de l’effort, des compromis, des responsabilités et parfois des choses franchement peu passionnantes.
La question n’est donc pas : « Est-ce que cela me plaît à chaque instant ? »
Elle est plutôt : « Est-ce que je dois régulièrement me trahir pour continuer à faire fonctionner cette situation ? »
Là, la réponse devient beaucoup plus intéressante.
Car il existe une différence immense entre faire un effort et se renier.
Entre s’adapter et disparaître.
Entre faire un compromis et devenir continuellement la seule personne qui en fait.
Et beaucoup commencent peut-être simplement à sentir cette différence plus clairement.
Voilà pourquoi certaines personnes disent aujourd’hui :
« Je n’arrive plus à faire semblant. »
Ce n’est pas forcément une régression sociale.
Cela peut être le début d’une nouvelle exigence intérieure.
Une exigence de cohérence.
Pas de perfection.
Pas de vérité absolue.
Simplement moins de distance entre ce que nous sommes, ce que nous ressentons, ce que nous disons et la manière dont nous vivons.
Et cette réduction de distance libère énormément d’énergie.
Parce qu’il n’y a plus besoin de maintenir autant de personnages.
Nous pouvons être différents selon les contextes, évidemment.
Nous ne parlons pas à notre boulanger exactement comme à notre meilleur ami, et c’est probablement préférable pour tout le monde.
Mais derrière ces différentes expressions, quelque chose peut rester stable.
Nous.
Alors peut-être que si vous supportez moins certaines choses qu’autrefois, la question n’est pas immédiatement :
« Qu’est-ce qui ne va plus chez moi ? »
Essayez plutôt :
« Qu’est-ce que j’acceptais autrefois uniquement parce que je ne pensais pas avoir le droit de faire autrement ? »
Et là, il peut y avoir quelques surprises.
Parce que parfois, ce que nous appelons devenir « plus difficile » est simplement le moment où nous devenons enfin un peu plus difficiles… à abandonner nous-mêmes.
Et ça, finalement, ce n’est peut-être pas une si mauvaise nouvelle.
Et vous, y a-t-il quelque chose que vous arriviez parfaitement à tolérer autrefois et que vous êtes aujourd’hui devenu presque incapable de faire semblant d’accepter ?
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