Lecture d’actualité
ON VEUT PROTÉGER LES ENFANTS DES RÉSEAUX SOCIAUX. MAIS QUI PROTÈGE LES ADULTES ?
Nous voulons protéger les enfants des réseaux sociaux. Mais à quel moment avons-nous accepté que notre propre attention devienne une marchandise ?

En ce moment, on reparle beaucoup de limiter l’accès des plus jeunes aux réseaux sociaux. Et la question mérite évidemment d’être posée. Mais quelque chose me frappe dans ce débat. Comme si, à partir d’un certain âge, nous devenions soudainement immunisés contre ce que ces outils produisent en nous.
Nous parlons du temps d’écran des enfants alors que beaucoup d’adultes ne peuvent déjà plus attendre cinq minutes sans regarder leur téléphone. Nous nous inquiétons de leur besoin de validation alors que nous comptons nous-mêmes les vues, les likes, les réactions et les abonnés. Nous leur expliquons qu’ils ne doivent pas comparer leur vie à celle qu’ils voient sur Instagram, alors que nous faisons exactement la même chose.
Nous craignons qu’ils deviennent dépendants des réseaux, mais combien d’entre nous commencent leur journée en ouvrant un écran avant même d’avoir véritablement senti qu’ils étaient réveillés ?
Le problème n’est donc peut-être pas uniquement : « À quel âge faut-il autoriser les réseaux sociaux ? » La vraie question pourrait être :
À quel moment avons-nous accepté que notre attention devienne une marchandise ?
Car c’est peut-être cela que nous oublions. Lorsque quelque chose est gratuit, ce n’est pas forcément parce qu’il ne coûte rien. Parfois, nous le payons avec notre temps. Notre disponibilité mentale. Notre capacité à rester seuls quelques instants. Notre concentration. Notre comparaison permanente avec les autres. Et progressivement, avec notre capacité à distinguer ce que nous voulons réellement de ce que l’on nous a donné envie de vouloir.
Je ne pense pas qu’il faille diaboliser les réseaux sociaux. Ils permettent aussi de découvrir, de créer, de transmettre, de rencontrer et parfois même de sortir de l’isolement. Mais un outil cesse d’être seulement un outil lorsqu’il commence à décider à notre place de l’endroit où doit aller notre attention. Et c’est probablement là que commence le véritable enjeu.
Peut-être que protéger les enfants ne suffira pas. Peut-être faudra-t-il aussi réapprendre, collectivement, à protéger notre propre attention. Parce que notre attention n’est pas une petite chose anodine.
Là où nous plaçons notre attention, nous plaçons une partie de notre vie.
Alors j’aimerais vraiment vous poser la question :
Combien de temps pourriez-vous aujourd’hui rester sans votre téléphone avant de ressentir le besoin de le regarder ?
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