Lecture d’actualité

Série — Réflexions pour une vie consciente · Post 126

Pourquoi certaines personnes n’ont-elles plus envie de courir après quoi que ce soit… alors qu’avant elles voulaient toujours avancer ?

Ne plus vouloir courir après tout n’est pas toujours une perte d’élan : cela peut être le moment où nous cessons de vivre à une vitesse qui n’était pas la nôtre.

Illustration de la Lecture d’actualité consacrée au ralentissement : une personne immobile devant un passage circulaire ouvert sur un paysage lumineux, symbolisant la lucidité, la simplicité, la présence et le retour à son propre rythme.

Il arrive parfois un moment assez déroutant dans une vie où quelque chose change dans notre rapport à l’effort. Pendant longtemps, nous voulions avancer. Plus vite. Plus loin. Faire davantage. Construire. Réussir. Comprendre. Évoluer. Régler ce qui n’allait pas. Trouver la prochaine étape. Nous avions presque toujours quelque chose à poursuivre. Puis un jour, sans qu’aucune catastrophe particulière ne se produise, une étrange lassitude apparaît.

On n’a plus tellement envie de courir.

Pas forcément parce qu’on abandonne. Pas parce qu’on devient paresseux. Et pas nécessairement parce qu’on a soudainement atteint l’illumination sous la douche un mardi matin.

Simplement parce qu’une question commence à se poser : « Mais au juste… je cours vers quoi ? »

Et cette question peut faire beaucoup de dégâts dans un agenda parfaitement organisé.

Parce qu’une grande partie de notre vie peut être construite autour d’objectifs que nous n’avons jamais véritablement choisis. Il faut avancer professionnellement. Améliorer ses revenus. Être propriétaire. Être reconnu. Avoir une vie sociale. Entretenir son couple. Être disponible pour la famille. Prendre soin de son corps. Développer sa conscience. Guérir ses blessures. Méditer. Respirer correctement. Boire suffisamment d’eau.

À un moment, même l’évolution personnelle peut finir par ressembler à une entreprise de travaux publics.

Il y a toujours quelque chose à réparer.

Alors nous avançons.

Nous faisons des listes.

Nous cochons.

Nous optimisons.

Nous comparons notre situation actuelle avec celle que nous devrions avoir dans six mois.

Et lorsque nous atteignons enfin quelque chose, le soulagement dure parfois trois jours avant qu’une nouvelle petite pancarte apparaisse intérieurement : « Prochaine amélioration à 800 mètres. »

C’est épuisant.

Puis certaines personnes commencent à ressentir autre chose. Elles ne veulent pas nécessairement moins vivre. Elles veulent peut-être simplement arrêter de vivre comme si la vie se trouvait toujours un peu plus loin.

Parce que voilà peut-être l’un des pièges les plus subtils de notre époque : nous avons tellement appris à préparer notre vie que nous oublions parfois de vérifier si nous sommes déjà dedans.

« Quand j’aurai réglé ça… »

« Quand j’aurai suffisamment d’argent… »

« Quand j’aurai rencontré quelqu’un… »

« Quand j’aurai quitté ce travail… »

« Quand j’aurai guéri cette blessure… »

« Quand j’aurai enfin compris ma mission… »

Alors je pourrai vivre.

Le problème, c’est que la vie possède une imagination remarquable pour produire de nouvelles conditions.

Et nous pouvons passer vingt ans à attendre une autorisation intérieure qui n’arrive jamais.

Voilà pourquoi le besoin de ralentir peut parfois apparaître.

Pas forcément comme une fatigue.

Comme une lucidité.

Nous commençons à regarder certaines choses qui nous semblaient autrefois essentielles et à nous demander : « Est-ce que j’en ai vraiment envie… ou est-ce que j’ai simplement appris à vouloir cela ? »

Question assez désagréable, puisqu’elle ne possède pas de case pré-remplie.

Peut-être que nous n’avons finalement pas besoin d’une vie spectaculaire.

Peut-être qu’une matinée tranquille, quelques relations véritables, suffisamment d’argent pour vivre correctement, un endroit où nous nous sentons bien, du temps pour créer, aimer, rire et regarder pousser quelque chose peuvent devenir étrangement intéressants.

Ce qui n’empêche absolument pas d’avoir des ambitions.

Mais l’ambition change.

Elle n’est plus forcément : « Comment puis-je obtenir davantage ? »

Elle devient parfois : « Comment puis-je vivre davantage ce que j’ai déjà choisi ? »

Et là, nous changeons complètement de terrain.

Parce qu’il existe une différence entre avancer et fuir l’endroit où nous sommes.

Nous pouvons travailler énormément parce qu’un projet nous passionne.

Ou parce que nous ne supportons pas l’idée de nous arrêter.

Nous pouvons chercher constamment à évoluer parce que nous aimons découvrir.

Ou parce que nous sommes convaincus que la personne que nous sommes aujourd’hui n’est toujours pas suffisante.

Nous pouvons accumuler des expériences parce qu’elles nous nourrissent.

Ou parce que le silence entre deux expériences nous met terriblement mal à l’aise.

Extérieurement, cela peut se ressembler.

Intérieurement, absolument pas.

Parfois, celui qui s’arrête cinq minutes fait donc quelque chose de beaucoup plus courageux que celui qui continue à courir.

Parce qu’il découvre enfin ce qui le poursuivait.

Et il y a une autre chose assez amusante : lorsqu’on commence à ralentir, certaines personnes autour de nous peuvent s’inquiéter.

« Mais tu ne veux plus rien faire ? »

« Tu manques d’ambition. »

« Il faut avoir des projets ! »

« Tu vas t’ennuyer ! »

Comme si une personne assise tranquillement avec un café représentait une menace directe pour l’ordre économique mondial.

Mais ralentir n’est pas forcément arrêter.

C’est parfois simplement retrouver sa propre vitesse.

Parce que tout le monde ne possède pas le même rythme.

Certains êtres aiment dix projets simultanément. D’autres en veulent deux. Certains adorent les villes, les rencontres, le mouvement. D’autres ont besoin d’espace, de silence, de répétition.

Le problème commence lorsque nous transformons une vitesse collective en mesure universelle d’une vie réussie.

Et beaucoup découvrent aujourd’hui qu’ils ont longtemps vécu à une vitesse qui n’était pas la leur.

Alors le corps ralentit.

L’envie ralentit.

La tolérance au bruit ralentit.

Le besoin de prouver ralentit.

Et parfois nous croyons perdre quelque chose.

Peut-être sommes-nous simplement en train de récupérer notre cadence.

Attention toutefois à une confusion.

Ne plus vouloir courir après tout ne signifie pas ne plus rien désirer.

Le renoncement peut parfois masquer une déception.

« Je n’ai plus besoin de rien » peut aussi vouloir dire : « J’ai tellement été déçu que je préfère ne plus espérer. »

Il est donc utile de regarder ce ralentissement honnêtement.

Est-ce que je me sens plus vivant ?

Ou simplement plus éteint ?

Est-ce que je simplifie ma vie parce que j’ai compris ce qui compte ?

Ou parce que je n’ai plus l’énergie de croire que quelque chose peut changer ?

Ce n’est pas exactement la même chose.

Le véritable ralentissement n’est pas une disparition.

Il crée de la présence.

Nous faisons peut-être moins… mais ce que nous faisons nous ressemble davantage.

Nous voyons moins de personnes… mais nous sommes réellement présents avec elles.

Nous avons moins de projets… mais nous les habitons.

Nous achetons moins… mais nous apprécions davantage.

Nous parlons moins… et parfois, miracle statistiquement improbable, nous disons même quelque chose.

Et peut-être qu’une vie commence précisément ici.

Pas lorsque nous avons enfin atteint la prochaine étape.

Mais lorsque nous cessons suffisamment longtemps de courir pour remarquer que nous étions déjà arrivés quelque part.

Alors si vous ressentez depuis quelque temps moins d’envie de poursuivre, d’accumuler, de prouver ou simplement d’aller toujours plus vite, ne concluez pas immédiatement que vous perdez votre élan.

Posez-vous plutôt cette question :

« Qu’est-ce que je poursuivrais encore si personne ne pouvait me voir réussir ? »

Elle enlève beaucoup de choses.

Le regard des autres.

Le statut.

La comparaison.

La validation.

Et ce qui reste mérite peut-être toute votre attention.

Parce qu’au fond, avancer n’est pas forcément aller plus vite.

Parfois, avancer consiste simplement à arrêter de courir dans une direction que nous n’avons jamais choisie.

Et à marcher enfin… dans la nôtre.

Et vous, avez-vous l’impression d’avoir encore envie de courir après beaucoup de choses… ou votre définition d’une vie réussie s’est-elle profondément simplifiée ces dernières années ?

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