Éphéméride originelle

Le jour où l’équilibre comprend que nous n’avons pas besoin d’être compris par tout le monde

16e jour du 3e mois originel

Date civileJour originelJour 16LuneLune de l’ÉquilibreTotemLe Prisme
Un prisme de verre sépare un rayon de lumière en couleurs devant un paysage au soleil couchant

Je me rends compte qu’on peut perdre une énergie folle à essayer d’être compris.

On explique ce qu’on voulait dire, puis on précise parce qu’une phrase a été mal comprise. Ensuite on ajoute du contexte, un exemple, puis encore une nuance parce qu’on sent bien que la personne n’a toujours pas reçu ce qu’on essayait de dire. Et parfois, au bout de tout ça, elle continue quand même à comprendre autre chose.

Alors on recommence.

Mais à quel moment est-ce qu’on considère qu’on a suffisamment expliqué ?

Parce qu’il y a peut-être une chose toute simple qu’on oublie : deux personnes peuvent lire exactement la même phrase et ne pas lire la même chose. Nous arrivons tous avec notre histoire, nos expériences, nos blessures, nos croyances, notre humeur du moment aussi.

Je peux donc faire attention à mes mots. Je peux reconnaître que j’ai été maladroit. Je peux reformuler.

Mais je ne peux pas entrer dans la tête de quelqu’un pour y déposer exactement ce que j’avais dans la mienne.

Et aujourd’hui, j’ai l’impression que l’équilibre se trouve précisément là.


Totem du jour : Le Prisme

Un même rayon de lumière traverse un prisme et plusieurs couleurs apparaissent.

J’aime bien cette image parce qu’elle dit quelque chose de très simple : ce qui entre est identique, mais ce qui apparaît dépend aussi de ce que la lumière traverse.

Nos mots font un peu la même chose.

Ils ne tombent jamais dans un espace vide. Ils rencontrent quelqu’un.

Cela ne veut évidemment pas dire que toutes les interprétations se valent ou que nous pouvons écrire n’importe quoi puis répondre : « C’est ton interprétation. » Ce serait un peu facile.

Si plusieurs personnes comprennent autre chose que ce que je voulais dire, je peux aussi me demander si le problème ne vient pas de moi.

Mais une fois que j’ai vérifié, précisé si nécessaire et dit honnêtement ce que je voulais dire, il faut peut-être accepter de lâcher la suite.


Je le vois forcément dans ce que je publie

Je peux passer beaucoup de temps sur un texte, choisir mes mots, ajouter une nuance justement pour éviter un malentendu… et découvrir ensuite dans un commentaire une interprétation à laquelle je n’avais absolument pas pensé.

Parfois, je réponds et la personne me dit : « Ah oui, d’accord, je comprends mieux. »

Très bien.

Et puis parfois, plus j’explique, plus nous entrons dans une espèce de tunnel où chaque réponse crée une nouvelle chose à expliquer.

C’est là que je dois apprendre à m’arrêter.

Parce que si cent personnes lisent un texte, il y aura forcément cent rencontres différentes avec ce texte. Je peux corriger une erreur, préciser quelque chose d’important, reconnaître une mauvaise formulation. Mais je ne peux pas passer derrière chaque lecteur en disant : « Non, attends, cette phrase-là, il faut exactement la comprendre comme ça. »

Sinon, autant venir lire le texte directement chez chacun avec un PowerPoint.

Et encore, je suis sûr qu’on réussirait à discuter le PowerPoint.


Parfois, on ne veut pas seulement être compris

Je crois qu’il y a aussi un petit piège là-dedans.

On dit : « Je voudrais juste qu’il comprenne ce que je veux dire. »

Mais est-ce vraiment tout ?

Parce que parfois, ce qu’on voudrait surtout, c’est qu’une fois que l’autre aura compris, il nous dise : « Ah oui, effectivement, tu as raison. »

Sauf qu’il peut très bien comprendre… et ne pas être d’accord.

Il peut comprendre pourquoi j’ai fait un choix et penser qu’il aurait fait autrement. Comprendre une limite sans l’apprécier. Comprendre mon raisonnement sans le partager.

Et finalement, c’est peut-être là que beaucoup de conversations deviennent interminables. Nous ne sommes plus vraiment en train d’expliquer.

Nous essayons d’obtenir l’accord de l’autre.

Ce n’est pas la même chose.


On peut aussi rester en désaccord

Je trouve qu’on a un peu perdu cette possibilité.

Deux personnes peuvent discuter sincèrement, s’écouter réellement, comprendre pourquoi l’autre pense comme il pense… et repartir chacune avec son avis.

Sans gagnant.

Sans perdant.

Sans devoir conclure lequel des deux est « éveillé », « dans l’ego », « pas prêt », « manipulé » ou je ne sais quoi encore.

Juste deux personnes qui ne voient pas les choses de la même manière.

Évidemment, toutes les conversations ne se passent pas comme ça. Il y en a aussi où l’autre n’essaie pas réellement de comprendre. Chaque réponse ramène exactement à la même accusation, simplement formulée autrement.

Dans ce cas-là, continuer à expliquer n’est plus forcément dialoguer.

Parfois, c’est juste tourner en rond à deux.

Et nous avons le droit de sortir du manège.


Je crois aussi qu’on se justifie beaucoup trop

Pourquoi on ne peut pas venir.

Pourquoi on a besoin de repos.

Pourquoi on change d’avis.

Pourquoi on ne veut plus faire quelque chose.

On donne une raison, puis une deuxième pour renforcer la première, puis une troisième au cas où les deux premières ne seraient pas jugées suffisamment valables.

Et à un moment, on n’est même plus en train d’expliquer.

On demande presque la permission.

« Non, je ne pourrai pas venir » peut parfois suffire.

Bien sûr qu’on peut expliquer davantage lorsqu’on en a envie ou lorsque la relation le demande.

Mais nous n’avons pas besoin de monter un dossier de défense chaque fois que nous faisons un choix qui risque de ne pas plaire à quelqu’un.


Et sur les réseaux, c’est encore plus visible

Un texte peut être lu par quelqu’un qui me suit depuis des années et par quelqu’un qui tombe sur moi aujourd’hui pour la première fois.

L’un connaît tout le contexte.

L’autre voit trois paragraphes.

Un troisième ne lit que le titre.

Un quatrième réagit à une phrase.

Et tout ce petit monde est ensuite réuni au même endroit dans les commentaires.

Forcément, ça crée parfois des choses assez étranges.

Alors oui, il faut essayer d’écrire clairement. Oui, il faut accepter les retours. Oui, parfois un commentaire nous montre réellement quelque chose qu’on n’avait pas vu.

Mais vouloir écrire un texte impossible à mal interpréter me paraît désormais assez illusoire.

Et surtout, ça peut finir par tuer complètement la manière naturelle de parler.

On ajoute tellement de précautions, de parenthèses et de nuances pour éviter toutes les interprétations possibles qu’à la fin plus personne ne parle comme ça dans la vraie vie.

Moi le premier.

Et justement, je n’ai plus envie d’écrire comme ça.


Message du jour

« Aujourd’hui, si tu sens que tu es en train d’expliquer quelque chose pour la troisième fois, demande-toi simplement pourquoi.

Est-ce que tu t’es mal exprimé ?

Alors reformule.

Est-ce que l’autre te pose réellement une question ?

Alors réponds.

Mais si tu as déjà été clair et que tu essaies maintenant surtout d’obtenir son accord, peut-être peux-tu t’arrêter là.

Tu peux être compris et ne pas être approuvé.

Tu peux aussi être mal compris malgré tous tes efforts.

Ce n’est pas toujours agréable.

Mais tu n’as pas besoin de passer ta journée à courir derrière l’interprétation que chacun se fait de toi. »


Rituel du jour : « Une explication de moins »

Aujourd’hui, repère simplement un moment où tu commences à trop te justifier.

Un refus.

Une limite.

Un choix.

Un avis.

Cherche la phrase la plus simple qui dit réellement ce que tu veux dire et arrête-toi là.

Puis laisse le silence faire quelques secondes son travail.

Si l’autre a besoin d’une précision, il la demandera.

Et s’il n’est toujours pas d’accord après l’explication, ce n’est peut-être pas une nouvelle explication dont vous avez besoin.


Mantra du jour

« Je dis clairement ce que j’ai à dire sans avoir besoin de contrôler ce que chacun en fera. »


Je crois que c’est finalement ça que cette journée vient me rappeler.

Je peux faire attention à ce que je dis sans passer mon temps à anticiper toutes les manières possibles de le comprendre de travers.

Je peux écouter quelqu’un qui me dit : « Là, je n’ai pas compris » sans immédiatement penser qu’il attaque ce que je suis.

Je peux aussi reconnaître : « Oui, là, je me suis mal exprimé. »

Et puis parfois je peux simplement constater que nous ne sommes pas d’accord.

Ce n’est pas très spectaculaire.

Mais c’est reposant.

Parce qu’à force de vouloir être compris par tout le monde, on finit parfois par tellement expliquer ce qu’on pense qu’on ne parle même plus naturellement.

Et peut-être que l’équilibre est aussi là : faire de son mieux pour être clair, rester capable de se remettre en question, puis accepter qu’une fois les mots sortis de nous, ils vont rencontrer des personnes que nous ne contrôlons pas.

Certaines comprendront exactement.

D’autres autrement.

Certaines pas du tout.

Et ce n’est pas forcément grave.

Je préfère aujourd’hui essayer de parler plus simplement, plus naturellement, quitte à devoir parfois préciser quelque chose ensuite, plutôt que d’écrire chaque phrase comme un contrat de 42 pages destiné à empêcher toute interprétation possible.

Parce qu’au fond, une vraie conversation n’a jamais demandé que deux personnes pensent exactement la même chose.

Seulement qu’elles soient réellement là lorsqu’elles se parlent.

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