Éphéméride originelle

Le jour où l’équilibre comprend qu’on peut ne pas savoir ce qu’on veut tout de suite

18e jour du 3e mois originel

Date civileJour originelJour 18LuneLune de l’ÉquilibreTotemLe Carrefour
Un carrefour de chemins avec des panneaux en bois devant des collines au soleil couchant

Je trouve qu’on se met parfois une pression assez étrange pour savoir ce qu’on veut.

Quelqu’un nous pose une question : « Alors, tu vas faire quoi ? » Et nous avons presque l’impression qu’il faudrait déjà avoir une réponse. Continuer ou arrêter ? Accepter ou refuser ? Rester ou partir ?

Comme si l’incertitude était forcément un problème à résoudre rapidement.

Pourtant, avant même de changer d’avis, il existe parfois un endroit encore moins confortable : celui où nous n’avons simplement pas encore d’avis définitif.

Et je crois qu’on gagnerait parfois beaucoup de temps à accepter de ne pas savoir pendant quelques jours plutôt qu’à prendre une décision uniquement pour faire disparaître l’inconfort de l’indécision.

Parce qu’une réponse rapide n’est pas forcément une réponse juste.


Totem du jour : Le Carrefour

Tant que nous avançons sur une seule route, la direction semble évidente. Puis plusieurs chemins apparaissent et, soudain, continuer demande un choix.

Notre premier réflexe peut être de considérer l’arrêt comme une perte de temps. Pourtant, s’arrêter quelques instants au Carrefour peut précisément éviter de marcher plusieurs kilomètres dans une direction qui ne nous convient pas.

Le Carrefour enseigne aujourd’hui le discernement, la patience et l’incertitude assumée. Entre avancer et reculer existe une troisième possibilité : regarder.

Nous n’avons pas besoin de construire une maison au milieu du carrefour.

Mais nous pouvons quand même prendre le temps de lire les panneaux.


Nous confondons parfois décider et nous débarrasser de l’incertitude

Il y a des décisions qu’on prend parce qu’elles sont mûres, et puis celles qu’on prend simplement parce qu’on n’en peut plus d’y penser.

Extérieurement, cela ressemble à la même chose : nous avons choisi.

Intérieurement, c’est très différent.

Je l’ai déjà fait : tourner longtemps autour d’une question, sentir l’impatience monter, puis finir par choisir presque uniquement pour pouvoir passer à autre chose. Et parfois, quelques jours plus tard, la question revient.

Pas parce que je suis incapable de décider.

Parce que je n’avais peut-être pas réellement décidé. J’avais surtout fermé la fenêtre pour ne plus sentir le courant d’air.


Je le vois aussi dans ma manière de créer

Une idée arrive et je peux immédiatement chercher à savoir ce qu’elle doit devenir : un post, une série, un projet, quelque chose à intégrer au site.

Mais peut-être que l’idée elle-même n’en sait encore rien.

Je peux simplement la noter, la laisser tranquille, puis revenir quelques jours plus tard et découvrir soit qu’elle s’est précisée presque toute seule, soit qu’elle ne m’intéresse déjà plus autant.

Dans les deux cas, j’ai gagné quelque chose.

Si elle a mûri, je sais mieux quoi en faire. Si elle a disparu, je viens d’éviter de construire tout un projet autour d’une idée qui avait simplement traversé ma tête un mardi après-midi.

Tout n’a pas besoin d’être décidé au moment où cela apparaît.


Le corps sait parfois avant que la tête sache expliquer

Il nous arrive de réfléchir longtemps à une décision alors qu’une partie de nous semble déjà savoir. Une option nous contracte, une autre apporte quelque chose de plus calme.

Ce n’est pas une preuve absolue. Nous pouvons ressentir de la peur face à quelque chose de très juste simplement parce que c’est nouveau, et quelque chose de familier peut nous rassurer tout en n’étant plus bon pour nous.

Mais le corps apporte une information supplémentaire.

Il ne décide pas forcément à notre place.

Il participe.

Le discernement n’est peut-être pas choisir entre la tête et le ressenti, mais laisser les deux participer à la conversation.


Certaines réponses ont besoin d’être vécues

Nous aimerions parfois savoir avant d’essayer. Est-ce que ce travail me conviendra ? Cette manière de vivre est-elle faite pour moi ? Ce projet mérite-t-il réellement mon énergie ?

Mais certaines réponses n’existent pas encore.

Il faut tester, faire un pas, regarder.

Nous cherchons parfois une certitude intellectuelle là où seule l’expérience peut nous informer. Dans ce cas, la décision n’a pas besoin d’être : « Je choisis cela pour toujours. »

Elle peut devenir : « Je vais essayer cela suffisamment longtemps pour voir ce que cela produit. »

Tout de suite, le Carrefour devient moins impressionnant.

Nous n’avons pas toujours besoin de choisir toute la route.

Parfois, seulement le prochain kilomètre.


Ne pas savoir n’est pas la même chose que refuser de choisir

Évidemment, nous pouvons aussi utiliser l’incertitude pour repousser éternellement une décision que nous connaissons déjà.

« Je réfléchis encore. »

Depuis huit mois.

À un moment, le carrefour peut devenir une résidence secondaire.

L’équilibre demande donc une certaine honnêteté : ai-je réellement besoin de davantage de temps ou est-ce que j’attends surtout qu’une décision difficile devienne miraculeusement confortable ?

Certaines décisions restent inconfortables même lorsqu’elles sont claires. Nous pouvons savoir qu’une relation doit changer et avoir peur, qu’un projet doit s’arrêter et être tristes, qu’il faut commencer quelque chose et ne pas nous sentir prêts.

L’absence de confort ne signifie pas toujours absence de réponse.


Les autres supportent parfois mal notre incertitude

Lorsque nous disons : « Je ne sais pas encore », quelqu’un essaie souvent immédiatement de nous aider à savoir.

« Moi, à ta place… »

Parfois, c’est utile. Mais nous pouvons écouter les conseils sans transformer l’assurance de quelqu’un d’autre en notre certitude.

Une personne peut être absolument convaincue de ce que nous devrions faire avec une vie qu’elle n’aura pas à vivre ensuite.

C’est quand même un avantage considérable pour prendre des décisions très tranchées.

Alors nous pouvons écouter.

Puis revenir au Carrefour.

Parce qu’au bout du compte, c’est nous qui marcherons sur la route choisie.


Nous avons aussi le droit d’essayer

C’est probablement ce qui rend certains choix inutilement lourds : nous les imaginons définitifs.

Mais beaucoup le sont moins que nous le croyons.

Nous pouvons essayer puis ajuster, commencer puis arrêter, choisir une direction et découvrir ensuite qu’un autre chemin devient plus juste.

Nous n’avons pas besoin de connaître tous les virages futurs avant de commencer à marcher.

Et parfois, c’est seulement après avoir commencé que nous découvrons ce que nous voulions réellement.


Sur la scène collective

Nous valorisons énormément les personnes qui semblent savoir : celles qui ont une opinion claire, une réponse rapide, une position ferme.

« Je ne sais pas » paraît beaucoup moins impressionnant.

Pourtant, dans les sujets complexes, c’est parfois la réponse la plus sérieuse disponible.

Nous gagnerions probablement beaucoup collectivement si nous étions davantage capables de distinguer quelqu’un qui ne sait pas encore de quelqu’un qui parle avec assurance sans réellement savoir.

L’incertitude n’est pas l’ennemie de la connaissance.

Elle en est souvent le point de départ.

Il faut pouvoir reconnaître ce que nous ignorons pour commencer réellement à chercher.


Message du jour

« Aujourd’hui, regarde une question à laquelle tu essaies peut-être de répondre trop vite.

Demande-toi : “Ai-je réellement besoin de décider maintenant ?”

Si oui, choisis avec les informations que tu possèdes et accepte de ne jamais avoir une garantie parfaite.

Si non, donne-toi un peu de temps.

Mais fais une différence entre laisser mûrir et repousser par peur.

Parfois, la réponse est claire. Parfois, elle mûrit. Et parfois, le seul choix nécessaire aujourd’hui est de faire le prochain pas. »


Rituel du jour : « Rester un peu au carrefour »

Choisis une décision qui occupe actuellement ton esprit et écris trois phrases :

« Ce que je sais déjà. »

« Ce que je ne sais pas encore. »

« Ce que je peux faire sans avoir besoin de connaître toute la suite. »

Puis regarde la troisième phrase.

Peut-être qu’elle contient déjà ton prochain mouvement : demander une information, essayer quelque chose, avoir une conversation, attendre quelques jours ou simplement ne rien décider aujourd’hui.

Le but n’est pas de trouver la réponse parfaite.

Il est de distinguer ce qui doit être décidé maintenant de ce qui peut encore respirer.


Mantra du jour

« Je n’ai pas besoin de connaître toute la route pour choisir consciemment mon prochain pas. »


Je crois que c’est finalement ce que cette journée vient me rappeler : nous avons parfois tellement peur de l’incertitude que nous préférons une réponse moyenne à une vraie question ouverte.

Au moins, c’est réglé.

Sauf que ce n’est pas toujours réglé.

Nous avons parfois simplement posé une réponse dessus.

Alors aujourd’hui, je peux accepter de ne pas savoir quelque chose sans immédiatement considérer que je suis perdu. Je peux regarder les possibilités, écouter ce que ma tête me dit, ce que mon ressenti ajoute et ce que l’expérience peut déjà m’apprendre.

Et surtout, je peux arrêter de demander à chaque décision de résoudre toute ma vie d’un seul coup.

Certains choix sont importants.

Mais beaucoup sont simplement des pas.

On en fait un, on regarde, on ajuste.

Le Carrefour n’est donc pas forcément cet endroit agaçant où la route s’arrête. Il peut être l’endroit où, pendant quelques instants, plusieurs chemins restent possibles.

Nous n’avons pas besoin d’y rester éternellement.

Mais nous n’avons pas non plus besoin d’en partir en courant simplement parce que ne pas savoir nous met mal à l’aise.

Aujourd’hui, si je ne sais pas encore, je peux simplement le reconnaître.

Puis regarder ce que je sais déjà.

Souvent, c’est largement suffisant pour faire le prochain pas.

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