Au-delà de la Matrice
Cycle 1 — La Vie en dehors de la Terre · Publication 53
Pléiades, Sirius, Andromède, Arcturus… pourquoi parler d’une « race » par système stellaire est déjà une erreur
Un système stellaire n’est pas un peuple. Explorer la diversité des civilisations, des cultures et des individus au-delà des grandes étiquettes cosmiques.

Dans le post précédent, nous avons commencé à déconstruire une idée profondément ancrée : « extraterrestre » ne signifie pas nécessairement « non humain ». Un être peut théoriquement venir d’un autre monde tout en présentant une morphologie très proche de la nôtre. Mais dès que nous franchissons cette première étape, nous tombons dans un deuxième piège : nous voulons immédiatement classer tout ce petit monde. Pléiadiens. Siriens. Arcturiens. Andromédiens. Et quelques phrases plus tard, nous entendons déjà : « Les Pléiadiens sont comme ceci », « Les Siriens sont comme cela », « Les Arcturiens font ceci ». Autrement dit, nous prenons potentiellement des milliards d’êtres, des histoires immenses, des cultures différentes… et nous rangeons tout dans quatre boîtes. L’univers n’est pas un catalogue Pokémon cosmique. Un système stellaire n’est pas un peuple. Encore moins une personnalité.
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Prenons les Pléiades. Lorsque nous disons « les Pléiadiens », nous parlons déjà beaucoup trop vite. Les Pléiades regroupent plusieurs étoiles et, si elles abritent différentes civilisations, rien n’oblige celles-ci à partager exactement la même histoire, la même culture, la même organisation ou même la même biologie. Taygeta, par exemple, n’est pas « les Pléiades ». C’est une étoile particulière au sein de cet ensemble, autour de laquelle peuvent être décrites des populations spécifiques. Confondre les Taygétiens avec l’ensemble des « Pléiadiens » reviendrait à rencontrer un Français et à déclarer : « Parfait. Je connais maintenant les Terriens. » On va peut-être attendre un peu.
La distinction fondamentale est celle-ci : une civilisation n’est pas une espèce, une espèce n’est pas une culture, une culture n’est pas une planète et une planète n’est pas un système stellaire. Deux populations biologiquement très proches peuvent développer des cultures radicalement différentes. Inversement, plusieurs populations différentes pourraient parfaitement participer à une même civilisation. Nous connaissons déjà une version miniature de cette complexité sur Terre : être Français ne définit pas une génétique particulière, être Européen ne décrit ni une personnalité ni une philosophie unique. Pourquoi l’univers serait-il plus simple que notre petite planète ?
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Même problème avec Sirius. Nous rencontrons parfois l’expression « les Siriens » comme si elle désignait un peuple homogène possédant une histoire et une vision communes. Mais un système stellaire ancien peut avoir connu différentes populations, des migrations, des changements politiques, des alliances, des séparations et différentes périodes civilisationnelles. Dire « les Siriens pensent ceci » pourrait donc être aussi imprécis que déclarer : « Les Européens pensent cela. » Lesquels ? À quelle époque ? Dans quelle culture ? À propos de quoi ?
Et puis arrive Andromède. Là, nous changeons carrément d’échelle. Andromède désigne notamment une galaxie entière contenant un nombre gigantesque d’étoiles. Parler des « Andromédiens » comme d’un peuple unique devient donc assez vertigineux. Ce serait un peu comme observer notre planète depuis très loin et ranger indistinctement humains, dauphins, fourmis, séquoias et champignons sous une seule appellation : « Les Solariens. » Techniquement pratique. Informationnellement catastrophique.
Arcturus soulève encore un autre problème. Certains noms ne désignent plus seulement, dans nos récits terrestres, une localisation astronomique : ils ont accumulé au fil du temps traditions, expériences individuelles, canalisations, récits modernes et symbolisme spirituel. Tout finit parfois par être mélangé jusqu’à produire un portrait extrêmement précis d’un « peuple » dont les caractéristiques proviennent en réalité de sources différentes. Le discernement commence précisément lorsque le nom cesse d’être considéré comme une explication.
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Ajoutons maintenant quelque chose qui complique encore sérieusement notre petit classement cosmique : les migrations. Nous imaginons spontanément qu’un peuple naît sur une planète et y demeure éternellement. Mais une civilisation capable de voyager entre les étoiles peut évidemment se déplacer, créer des colonies, quitter un monde, s’installer dans un autre système, se mélanger à d’autres populations et créer de nouvelles branches culturelles. À partir de là, que signifie exactement « origine » ? Le monde où un individu est né ? Celui où vivaient ses ancêtres ? Le système dont provient sa civilisation ? La planète quittée il y a cent mille ans ? Nous avons déjà énormément de mal à répondre simplement à ces questions avec quelques milliers d’années d’histoire terrestre. À l’échelle de millions d’années de migrations interstellaires… imagine le bazar généalogique.
Cela permet aussi de revenir à la question du post précédent : pourquoi certaines populations extérieures pourraient-elles nous ressembler autant ? Plusieurs possibilités existent. Des environnements comparables pourraient favoriser des morphologies semblables. Certaines populations pourraient partager une parenté biologique très ancienne. D’autres pourraient provenir de migrations dont les différentes branches se seraient progressivement différenciées. La ressemblance ne prouve donc pas automatiquement une origine commune, mais elle ouvre une question passionnante et nous oblige surtout à abandonner l’idée que la forme humaine appartient nécessairement à la Terre.
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Il existe cependant un autre piège dont j’aimerais nous débarrasser tout de suite : « plus avancé » ne signifie pas « supérieur ». Dès que nous imaginons une civilisation capable de traverser les étoiles, nous avons tendance à lui attribuer automatiquement une sagesse absolue. Pourtant, notre propre histoire montre déjà que l’évolution technique et l’évolution intérieure ne progressent pas nécessairement à la même vitesse. Une civilisation peut posséder des connaissances scientifiques extraordinaires tout en conservant ses contradictions ; une autre peut développer une immense compréhension de la conscience sans rechercher une expansion technologique permanente. Il n’existe probablement pas une grande échelle cosmique allant du « Terrien primitif » jusqu’au « gentil extraterrestre lumineux niveau 847 ». L’univers est beaucoup plus vivant que cela.
Alors pourquoi continuer à utiliser des mots comme Taygétien, Sirien ou Arcturien ? Parce qu’ils peuvent servir de repères, pas de prisons. Ils donnent éventuellement une indication d’origine, d’appartenance ou de contexte, comme Français, Japonais ou Brésilien peuvent le faire sur Terre. Mais aucun de ces mots ne raconte entièrement un individu : ils ne disent pas ce qu’il pense, ce qu’il aime, son histoire, ses choix ou sa conscience. Comprendre la vie en dehors de la Terre ne consiste pas à remplacer nos vieux clichés terrestres par de nouveaux clichés cosmiques. Ce serait refaire exactement la même chose… avec davantage d’étoiles sur l’emballage.
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Au fond, un univers habité serait probablement beaucoup plus complexe que nos classifications actuelles. Il y aurait des espèces, des peuples, des cultures, des mondes, des migrations, des alliances, des désaccords, des histoires communes et surtout des individus. Probablement autant de nuances que celles que nous observons ici, multipliées par une échelle qui dépasse largement notre imagination.
Peut-être qu’un jour, si nous rencontrons réellement quelqu’un venu d’ailleurs, l’une des questions les moins intéressantes sera finalement : « De quelle étoile viens-tu ? » Nous commencerons peut-être plutôt par demander : « Qui es-tu ? Quelle est ton histoire ? Comment vois-tu la réalité ? »
Parce que le véritable passage d’une humanité terrestre à une civilisation cosmique commencera peut-être exactement là : lorsque nous arrêterons de rencontrer des catégories… pour recommencer à rencontrer des êtres.
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Dans le prochain post, nous allons justement quitter les grandes étiquettes pour entrer dans le concret : Taygeta. À quoi pourrait réellement ressembler le quotidien d’une civilisation humanoïde interstellaire lorsqu’on retire les images de science-fiction ? Famille, habitat, nourriture, éducation, technologie, travail, argent, vieillissement, mort… Nous allons essayer de comprendre non plus seulement d’où viennent les Taygétiens, mais comment ils vivent.
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